
Cela fait plus de vingt ans que mon épouse et moi avons choisi de nous consacrer pleinement au ministère. La transition du secteur commercial à une vie entièrement dédiée au service était vraiment exigeante. Mais le jour où mon pasteur a déclaré : « Si Dieu t’appelle à le servir, ta responsabilité est d’obéir, pas de t’inquiéter de la manière dont il va subvenir à tes besoins », j’y ai vu non seulement un acte d’obéissance, mais aussi un défi personnel à relever.
J’ai fondé ma propre entreprise d’exportation de meubles anciens et d’œuvres d’art, pour soutenir ma famille et notre engagement dans le ministère. Étant entrepreneur, c’était pour moi une façon parmi tant d’autres de constater la provision de Dieu. Toutefois, l’organisation avec qui nous devions servir avait une perspective différente : elle nous a demandé de chercher directement notre financement auprès de donateurs particuliers et églises. Cette démarche représentait selon eux une école destinée à nous apprendre à vivre par la foi.
Je me souviens très bien de cette période. J’avais démissionné sans bénéficier du chômage, avec trois enfants à charge et mon épouse enceinte du quatrième. Nous venions tout juste d’acquérir une maison.
Je savais qu’il fallait d’abord prier et faire confiance à Dieu. J’avais lu de nombreuses autobiographies de missionnaires partis par la foi, comme Hudson Taylor. Cependant, dans un esprit pragmatique, j’ai aussi compris qu’il fallait communiquer nos besoins urgents rapidement à un maximum de personnes. Pour moi, Dieu nous demande d’avoir la foi, mais pas d’agir sans réfléchir : si les gens ignorent nos besoins, comment pourraient-ils les connaître ? Quand on ne sait pas, on ne sait pas !
Obtenir des fonds pour notre soutien personnel nécessite réalisme, stratégie et compétences relationnelles. Il n’existe pas de solution miracle, mais différentes méthodes qui, combinées, peuvent porter leurs fruits.
Il est important d’intégrer ce sujet dans la formation des disciples, lors des cultes et des études bibliques, afin de sensibiliser chaque membre à leur rapport à l’argent, aux possessions, à l’esprit de don ainsi qu’à la pratique de la dîme. La collecte de la dîme par le biais de corbeilles dans de nombreuses églises constitue un rappel pertinent de la valeur du don, reflétant l’exemple donné par Jésus. La générosité représente un principe biblique ; lorsqu’elle est expliquée avec clarté, elle favorise une meilleure compréhension. Il demeure toutefois essentiel de maîtriser la manière d’en aborder le sujet.
Afin de favoriser les vocations et encourager l’engagement des jeunes dans le ministère, il est essentiel d’assurer le bien-être des serviteurs. Cette nécessité a été systématiquement soulignée lors de mes différentes interventions. Bien que des activités complémentaires ou un soutien provenant du réseau personnel soient envisageables, un financement adéquat demeure indispensable pour permettre aux pasteurs de s’investir pleinement. Cela implique d’intégrer ce soutien financier dans le budget, accompagné d’un engagement collectif à travers la prière. À Perspectives, une nouvelle grille salariale a été élaborée ; chaque église est ainsi appelée à mobiliser les ressources nécessaires afin d’atteindre cet objectif.
Une méthode efficace pour collecter des fonds consiste aussi à solliciter son réseau personnel. Communiquer de manière transparente avec des amis, des membres d’une communauté ou des connaissances peut permettre d’identifier des opportunités d’aide. De nombreuses personnes sont disposées à soutenir ponctuellement ou régulièrement, à condition que le besoin et l’objectif soient clairement expliqués. Il est important d’être proactif et de présenter sa situation sans exagération.
Il est également possible de proposer des services afin de générer rapidement des revenus, tels que soutien scolaire, ménage, garde d’enfants, assistance aux personnes âgées ou petits travaux. Ces prestations sont appréciées pour leur utilité concrète et contribuent à l’autonomie financière.
Enfin, le recours au financement participatif peut s’avérer pertinent si le projet ou la situation sont présentés de manière claire. Des plateformes telles que GoFundMe ou Leetchi permettent de créer une cagnotte en ligne. La qualité du message, la transparence sur les besoins et les objectifs ainsi qu’un suivi régulier sont essentiels pour susciter l’engagement.
On peut aussi organiser de petites actions de collecte :
Pensez aussi au “soutien relationnel” (parfois appelé partenaires financiers) dans votre église. On identifie quelques personnes prêtes à nous soutenir chaque mois avec une petite somme. C’est plus durable qu’un don unique.
Enfin, on doit regarder du côté des aides existantes. Selon notre situation, on peut être à des aides publiques en France (logement, chômage, aides sociales). Ce n’est pas toujours évident à naviguer, mais ça peut alléger une grande partie de la pression financière.
Pour des projets spécifiques à l’église, il peut être judicieux de mettre en place une campagne de promesses de dons. Plutôt que de solliciter des contributions ponctuelles, cette approche permet aux membres de s’engager à verser des montants étalés sur une période définie. Les dons peuvent ainsi être associés à des objectifs précis, tels que la rénovation d’un espace ou le financement d’un voyage missionnaire, offrant aux donateurs une visibilité directe sur l’impact de leur participation.
Une autre méthode consiste à établir des partenariats avec des fondations, qui représentent également une source de financement. Il est recommandé d’explorer ces possibilités, tant en France qu’à l’étranger, afin de diversifier les sources de soutien. Le recours à des fondations permet d’impliquer davantage les donateurs et de valoriser la dimension du partage.
Dans le cadre des partenariats, une église peut soutenir un projet ou une autre communauté pendant une durée déterminée (un an, cinq ans…). Il est possible d’organiser des actions ponctuelles impliquant des groupes de bénévoles pour des activités telles que la distribution, l’enseignement ou des travaux. Ce type d’engagement favorise l’appropriation du projet par les participants, d’établir une relation avec le pasteur, l’église, et facilite par la suite l’obtention de donations complémentaires. Bien que l’organisation et l’accueil de groupes requièrent un investissement en temps, les résultats obtenus sont généralement très positifs.
Mettre en valeur ses compétences créatives ou professionnelles, notamment via la vente d’objets artisanaux ou de contenus numériques, permet d’élargir son soutien financier. Organiser des ateliers ou des cours (musique, artisanat, cuisine) favorise aussi la collecte de fonds et l’ouverture vers l’extérieur. L’entrepreneuriat offre une alternative pour diversifier ses revenus. Pendant mon séjour à Senlis, j’ai suivi une formation de tapissier-décorateur, puis travaillé comme artisan, ce qui m’a aidé à compléter mes revenus et à créer un réseau local tout en bénéficiant d’une plus grande flexibilité dans mon temps accordé pour le ministère.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer la communication directe. Une lettre ou un message bien rédigé expliquant votre besoin ou votre projet — partagé respectueusement avec des amis, la famille et les membres de l’église — peut s’avérer très efficace. Les gens sont souvent prêts à aider lorsqu’ils comprennent le but et se sentent personnellement concernés (lettres de nouvelles, blog, site web…).
Dans Genèse 22, une nouvelle épithète est donnée à Dieu : Jéhovah-Jireh, souvent traduit par « l’Eternel pourvoira ». L’Eternel pourvoit vraiment.
Malachie 3 :10 « Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, afin qu’il y ait de la nourriture dans ma maison ; Mettez-moi de la sorte à l’épreuve, dit l’Eternel des armées. Et vous verrez si je n’ouvre pas pour vous les écluses des cieux, si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance. »
Patrice NIVEAUX