Réflexion

Perspectives

Le Temps du courage !

24 avril 2026administrateur

Pendant des siècles, la foi chrétienne s’est inscrite dans une culture qui en partageait largement les repères, les symboles et les rythmes. Aujourd’hui, ce socle commun s’est effacé. La Chrétienté, en tant que civilisation est derrière nous. La culture française se construit sur des valeurs plurielles et oscille souvent entre indifférence et réserve, voire opposition à la foi. Ce changement n’est pas seulement un constat, il est un appel. Dans ce contexte nouveau, l’Église est invitée non pas à se replier, mais à retrouver la liberté et le courage de dire, de vivre et de rendre visible l’Évangile, au cœur même d’un monde qui ne le présuppose plus.

Des similitudes dans les contextes

Dans son livre « The forgotten ways », Alan Hirsch met en exergue les ressemblances entre la société post-moderne et celle du premier siècle, berceau de l’Église primitive, en ce qui concerne leur caractère pluraliste. L’étude, succincte et non exhaustive du contexte politique, philosophique et religieux de l’époque, nous indique que l’Église primitive est née dans un pluralisme ambiant, menant parfois au syncrétisme.

« La pensée religieuse et philosophique était caractérisée (…) par le pluralisme : d’innombrables religions (grecques, romaines, orientales…) et diverses philosophies (platonisme, stoïcisme, épicurisme) proposaient à ceux qui cherchaient la vérité, des solutions contradictoires » – Alfred Kuen

Malgré ce contexte, l’Église primitive s’est développée. Cela nous permet de rester optimismes quant à la capacité de l’Église du 21ème siècle à croître. Cette multiplicité des croyances dévoile une quête spirituelle dans le monde antique et donc le besoin urgent de la venue du Christ et de son Église. Pour décrire cela, Kuen cite Martin :

« Dans la faillite de l’ancienne religion, dans la peur universelle devant les démons, dans les essais d’échapper au destin par la magie et l’astrologie, dans l’aspiration à une communion avec Dieu et une immortalité personnelle à laquelle les religions à mystères rendent témoignage, dans la tentative de la philosophie pour résoudre les problématiques de l’univers et de l’homme, nous pouvons discerner le besoin profond qu’avait le monde gréco-romain du message chrétien comme évangile ».

Le pluralisme ambiant semble révélateur d’une même quête spirituelle et donc du besoin pressant pour nos concitoyens de rencontrer Christ. Si au premier siècle les courants religieux et de pensée n’étaient pas tous hostiles au. message de l’Évangile, il faut reconnaître qu’ils n’ont pas favorisé l’atteinte des populations éloignées.

Cela nous conduit à la question suivante : Comment, dans un contexte politico-philosophico-religieux difficile, les premiers chrétiens ont réussi à transmettre l’Évangile aux populations non atteintes, juives ou païennes ?

La prédication de l’Évangile comme outil principal

« Mais vous recevrez une puissance lorsque le Saint-Esprit viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1.8). Par ces mots, Jésus indique à ses disciples quelle sera la progression de leur témoignage. Nous comprenons par les mots du Seigneur que l’Église va s’étendre et traverser le monde de l’époque. Elle sera confrontée à des peuples, des cultures et des philosophies étrangers à l’Alliance. La suite du livre des Actes témoigne de la relation de cause à effet entre la prédication de l’Évangile et la naissance de l’Église.

L’Évangile est l’accomplissement des prophéties vétérotestamentaires. Il est incontournable pour transformer le pécheur et l’accueillir dans la famille de Dieu.

« Que nous ayons connu l’emprisonnement du corps, les limitations intellectuelles, le poids des habitudes, la culpabilité, la tyrannie des relations ou des circonstances, Jésus-Christ vient pour nous affranchir de tout cela. C’est une grande nouvelle. C’est ça l’Évangile » – Brian Chapell

En cette prédication de l’Évangile réside la puissance divine. Paul explique : « Nous, nous prêchons Christ crucifié ; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs » (1 Corinthiens 1.18).

La proclamation de l’Évangile demeure le puissant outil dont Dieu se sert pour atteindre tous les hommes, Juifs ou païens. Elle rendra possible l’implantation et la croissance de l’Église primitive. Ce ne sont pas des paroles d’hommes qui ont persuadé mais bien la prédication de la Parole de Dieu : « c’est pour annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine » (1 Corinthiens 1.17).

Le courage d’une Parole à contre courant

Si la proclamation de l’Évangile est au cœur de la mission de l’Église, force est de constater qu’elle est aussi ce qui nous coûte le plus. Non pas que nous manquerions de moyens ou de liberté, mais parce que le contexte culturel rend cette parole de plus en plus difficile à assumer.

La culture française contemporaine valorise la discrétion religieuse, relègue la foi à la sphère privée et se montre souvent méfiante à l’égard de toute prétention à la vérité. On peut avoir l’impression que tout est acceptable sauf l’Évangile. C’est ce que semble partager l’apôtre Paul à Timothée :

« Je t’en supplie, devant Dieu et devant Jésus-Christ qui doit juger les vivants et les morts au moment de sa venue et de son règne: prêche la parole, insiste en toute occasion, qu’elle soit favorable ou non, réfute, reprends et encourage. Fais tout cela avec une pleine patience et un entier souci d’instruire. En effet, un temps viendra où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine. Au contraire, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule d’enseignants conformes à leurs propres désirs. Ils détourneront l’oreille de la vérité et se tourneront vers les fables » 2 Timothée 4.1-4.

Cette lettre de Paul aurait pu être rédigée aujourd’hui ! Dans ce contexte, annoncer l’Évangile est complexe. Cela peut rapidement être perçu comme déplacé, voire intrusif. À cela s’ajoute parfois une forme d’hostilité plus marquée. Comme nous le disions plus haut, il y a une similarité.

Un peu plus haut dans sa lettre, au chapitre 2, Paul ne cherche pas à adoucir la réalité : il parle de souffrance, d’endurance, de fidélité dans l’épreuve. Il compare le serviteur de Dieu à un soldat, un athlète et un cultivateur. Trois images qui ont en commun l’effort, la persévérance et la discipline. Annoncer l’Évangile n’est pas présenté comme une évidence culturelle, mais comme un engagement exigeant, qui demande du courage.

Paul va même plus loin : « Souviens-toi de Jésus, le Messie ressuscité, issu de la descendance de David, conformément à l’Évangile que je prêche et pour lequel je souffre au point d’être enchaîné comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée. » (2 Timothée 2.8-9). Autrement dit, les résistances, qu’elles soient culturelles ou personnelles, ne doivent pas faire taire l’annonce. En réalité, elles en font partie.

À raison, Perspectives cherche à encourager l’Église à construire une approche missionnelle. Être présent dans le monde, tisser des relations sincères, aimer concrètement nos contemporains, construire des ponts naturels entre le monde et l’Église, réfléchir notre façon d’être et de vivre l’Église en fonction de ceux qui n’y sont pas encore. Dans une société marquée par la méfiance, la crédibilité passe souvent par la proximité et l’authenticité. Nos contemporains ont besoin de voir l’Évangile vécu avant de pouvoir l’entendre.

Cependant, il peut se cacher un piège subtil. À force de vouloir être acceptés, compris ou simplement présents, nous pouvons en venir à taire ce qui fait le cœur même de notre message. Si nos relations deviennent une fin en soi, la vie missionnelle n’a plus de sens. Être proches mais silencieux est très éloigné de l’exemple de Jésus. Le Christ a quitté ses privilèges. L’incarnation, selon Philippiens, est une humiliation. Cet effort missionnel du Christ n’a pas été réalisé dans l’unique but de vivre au milieu de nous pour nous montrer le Père – ce que Jésus a fait magnifiquement – mais aussi d’annoncer l’Évangile.

Sans proclamation, il n’y a pas de transmission de l’Évangile. L’amour vécu ouvre des portes, mais seule la parole annoncée révèle Christ et comporte cette puissance transformatrice.

C’est ici que le courage devient central. Non pas un courage agressif ou dominateur, mais un courage humble et fidèle. Le courage de dire simplement, clairement, ce que nous croyons. Le courage d’assumer l’Évangile. Le courage de faire confiance à la puissance de la Parole de Dieu proclamée et non à nos capacités à convaincre.

Dans un monde qui oscille entre indifférence et opposition, l’Église est appelée à devenir une communauté courageuse qui annonce. Non par contrainte, mais par conviction. Non par stratégie, mais par fidélité. Car si les temps changent, la mission demeure : et la Parole, elle, n’est pas enchaînée.

Des raisons d’espérer

Si, depuis l’effondrement de la Chrétienté, comme civilisation, la culture contemporaine semble s’être opposée, beaucoup prennent conscience que le monde va mal, que l’homme ne se suffit pas à lui-même. Dans ce contexte, ce que certains appellent le métamodernisme ouvre une perspective nouvelle : celle d’un aller-retour entre lucidité et espérance, entre désenchantement et désir de transformation. Ce mouvement ne nie pas les limites du monde actuel, mais refuse de s’y résigner. Il cherche, souvent de manière hésitante, des voies de reconstruction, de vérité et de sens.

C’est précisément là que l’Évangile trouve une résonance particulière. Là où le monde cherche à réparer sans toujours savoir comment, l’Évangile annonce Celui qui en est le seul capable. Ce mouvement culturel qui se dessine, particulièrement dans la jeune génération, pourrait être favorable pour l’Évangile. Ayons le courage de nos convictions !

Arnaud Schrodi

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