
“Un leader ne montre pas ses faiblesses, sinon les gens ne lui feront plus confiance”.
[leader] : Personne qui, à l’intérieur d’un groupe, prend la plupart des initiatives, mène les autres membres du groupe, détient le commandement
C’est peut-être avec ce genre de phrases que l’on a grandi et que l’on a développé notre vision du leadership, et en particulier de notre rôle de responsable de groupe de jeunes.
Quelle lourde pression de devoir être un modèle, un exemple à suivre, tout en occultant nos faiblesses, nos échecs, nos limites. Le poids de l’image du responsable idéal et du parfait chrétien peut nous écraser, nous ronger de peur que les jeunes découvrent la vérité à notre sujet : nous sommes… humains, et pécheurs.
Et pourtant, parmi les mots qui reviennent souvent quand on demande aux jeunes leurs attentes concernant leurs leaders/ responsables, vous trouverez souvent : authenticité, vrai, sincère, accessible…
C’est une tension continue dans notre rôle de responsable : trouver la bonne limite dans le dévoilement de notre vie et de notre intimité.
Dans cet article, nous allons réfléchir et appliquer ces concepts à notre rôle de responsable jeunesse.
[NDLR : Cet article est issu de ressources précieuses que propose JPC France et qui les centralise sur le site du Défi Z qui vise à apporter du contenu à l’intention des responsables de groupes de jeunes et aux jeunes eux-mêmes pour créer des moments de réflexion et d’approfondissement de la foi.]
Il me semble essentiel d’entamer cet article en définissant 3 termes interconnectés mais bien distincts : l’authenticité, la vulnérabilité et la congruence. Les définitions proposées sont celles qui me semblent les plus pertinentes dans le cadre du leadership (avec les jeunes en particulier).
Être authentique, c’est tout simplement être vrai, être pleinement soi-même. C’est accepter sa personnalité, valoriser ses forces, et avoir le courage de reconnaître ses limites et ses erreurs.
Il me semble que l’authenticité est une vertu pleinement biblique et souhaitable pour un leader. Dans les Évangiles, Jésus dénonce la superficialité (l’hypocrisie, le “jeu de rôle”) des responsables religieux. Il leur dit : « Toutes leurs actions, ils les font pour que les gens les regardent » (Matthieu 23:2-11).
Nous développerons plus bas comment concrètement vivre l’authenticité avec les jeunes.
Se rendre vulnérable, c’est partager ce qui me touche, ce qui m’atteint profondément. C’est donner à l’autre l’accès à mon cœur, à mon histoire, à mes sentiments, au risque qu’il me fasse mal. Elle se distingue de l’authenticité en ce que les informations transmises donnent un pouvoir aux personnes qui les reçoivent sur ma vie. Brené Brown définit la vulnérabilité comme le courage d’affronter « l’incertitude, le risque et l’exposition émotionnelle ».
La vulnérabilité n’est donc pas à partager à n’importe qui !
Puis-je me montrer vulnérable avec les jeunes dont je suis le responsable ? Je conseillerai de m’assurer de deux choses : puis-je faire confiance aux personnes qui m’écoutent (notre relation est-elle basée sur la confiance mutuelle) mais aussi est-ce qu’ils sont prêts à entendre ce que je vais leur partager (sont-ils suffisamment matures ?) ?
En revanche, je suis convaincu que dans un cadre sain et sécure, la vulnérabilité est un moyen puissant de connecter. C’est ce que j’ai pu vivre lors d’une soirée avec quelques jeunes de mon église avec lesquels nous avions l’habitude de nous retrouver pour lire la Bible et prier les uns pour les autres. Un jeune nous parlait de son père qui avait réapparu dans sa vie après des années d’absence. Sentant que le sujet était sensible pour tous les jeunes présents, j’ai osé en tant que responsable ouvrir mon cœur sur mon propre vécu avec mon père, sur des choses que je n’avais jamais dites par le passé. La discussion qui a suivi nous a tous amené au bord des larmes, à partager nos blessures mais aussi à nous réjouir d’avoir trouvé en Dieu un Père parfait. Une vraie libération pour plusieurs !
Être congruent, c’est viser la cohérence entre nos actes et nos paroles. C’est la conséquence de l’authenticité vécue pleinement. Une personne qui n’est pas authentique est inévitablement incohérente puisqu’elle se comportera différemment selon les situations ou les personnes, ce qui invite à la méfiance, aux malentendus et mésinterprétations.
Pour revenir au dialogue entre Jésus et les chefs religieux (en Matthieu 23) : Jésus dénonce leur hypocrisie et dit : « En effet, ils ne font pas ce qu’ils disent. Ils rassemblent des charges très lourdes et ils les mettent sur les épaules des gens. Mais eux, ils refusent d’y toucher, même avec un seul doigt ! ». La congruence (ou l’intégrité), c’est le contraire de cela, cela signifie mettre en pratique ce que l’on enseigne et veiller à ce que nos paroles édifient les gens, plutôt qu’elles ne les accablent de culpabilité ou d’autres fardeaux.
La congruence ne doit pas être une façade, une image que l’on se donne pour gagner la confiance des jeunes. Ce qui compte, c’est qui nous sommes, quand personne ne regarde. Jésus parle de notre vie “secrète“ avec Dieu, du fait de faire de bonnes actions sans chercher à être vu. Veillons à ce que la congruence soit un mode de vie (et d’ailleurs, les jeunes ont un radar pour détecter l’hypocrisie, tôt ou tard ils découvrent si nous ne sommes pas cohérents).
À ce sujet, un des enjeux majeurs est la gestion du stress et des émotions : connaître nos mécanismes de protection nous permet d’éviter de les laisser prendre le contrôle de nos actions et décisions, et d’assurer la cohérence entre nos actes et nos paroles.
Je ne reviens pas sur l’aspect vertueux et biblique de ces principes. Les points suivants appuient seulement sur quelques bienfaits qui découlent de ce mode de vie et de leadership.
Plusieurs facteurs ont amené les jeunes à perdre confiance dans les autorités et institutions : déceptions, scandales, courant de pensée postmoderniste, accès à la connaissance via internet qui nous affranchit de passer par des responsables savants…
On parle de “désenchantement global” : et malgré tout, les jeunes ont besoin de leaders en qui ils peuvent avoir confiance, de modèles certes imparfaits mais sincèrement en quête de Dieu et du bien.
« Le leadership, c’est l’influence » – John C. Maxwell
Être responsable, c’est être leader, et être leader, c’est amener les personnes vers une destination commune. Les jeunes sont prêts à nous suivre et à donner le meilleur d’eux-mêmes uniquement s’ils nous estiment dignes de confiance, et cela passe par notre authenticité et notre congruence.
L’authenticité (et encore davantage la vulnérabilité) fait tomber des barrières qui empêchent la relation de confiance de s’instaurer entre le responsable et le jeune. L’authenticité appelle l’authenticité : à nous de faire le premier pas.
D’ailleurs, si un jeune t’accorde sa confiance, tu as alors une grande responsabilité que l’on t’invite à honorer par l’attention et l’authenticité que tu vas infuser dans cette relation. Accueille ses paroles en suivant les recommandations du CNEF et de l’Association Nationale des AFP dans leur “Guide pour l’accueil et la protection des mineurs”.
« Une équipe n’est pas un groupe de personnes qui travaillent ensemble. Une équipe est un groupe de personnes qui se font confiance. » – Simon Sinek
Nos familles, groupes de jeunes ou d’étudiants sont des équipes, au sein desquelles la confiance est primordiale pour arriver à un épanouissement réel et à des résultats concrets. Pour mobiliser, motiver, inspirer, développer et guider nos jeunes dans une direction donnée, la confiance mutuelle est indispensable. Développer une culture de l’authenticité favorise cette confiance entre les jeunes et permet de mieux vivre en communauté.
Le climat de sécurité instauré par la confiance et la culture de l’authenticité favorise également l’invitation et l’accueil de nouvelles personnes, et répond au besoin des jeunes d’une safe place (endroit sûr) où ils peuvent être eux-mêmes, aimés tels qu’ils sont.
Le fait d’être moi-même avec les jeunes, et parfois de me montrer vulnérable, est aussi un moyen de me rappeler que j’ai besoin de Jésus, tout autant que les jeunes que je tâche d’amener à Lui. Cela ancre mes enseignements dans la réalité, et m’évite de rester sur de beaux principes que je n’arrive moi même pas à appliquer.
Mes enseignements sont tellement plus profonds quand je reconnais le décalage entre ce que Dieu m’appelle à vivre, mon souhait d’y répondre et la réalité souvent décevante de ma vie. Sans nous contenter de notre médiocrité, cela nous préserve de l’hypocrisie des apparences.
Alors oui, je dis aux jeunes que j’ai du mal à lire ma Bible, que certaines de mes questions sur Dieu et Sa Parole restent sans réponse, et que je lutte avec la masturbation et la pornographie (d’ailleurs, 90% des gars et 70% des filles sont concernées, notre authenticité libère la parole sur ce sujet si tabou dans l’Eglise). Et cela me rend souvent bien plus pertinent dans notre recherche de solutions pour vivre l’Evangile aujourd’hui.
Un des freins à l’authenticité et à la vulnérabilité est notre peur ou notre insécurité liée à notre manque de fondement dans notre identité en Christ. Pour me montrer aux autres tels que je suis, j’ai besoin d’être rassuré et sécurisé par l’amour de Dieu pour moi révélé et manifesté en Jésus.
C’est alors seulement que je pourrai être confiant pour partager ma vie telle qu’elle est, en réalisant que ma valeur ne dépend pas de l’amour ou de l’admiration des jeunes à mon égard.
En tant que responsable, il est essentiel de « se faire confiance pour inspirer la confiance des autres ».
L’authenticité est une intention qui doit se matérialiser en actions concrètes. Il est essentiel de partager avec les jeunes nos expériences (positives et décevantes) et nos défis dans notre vie de disciple de Jésus.
Nous serons d’autant plus pertinent si nous prenons le temps de comprendre le monde de chaque jeune (centres d’intérêts, amis, défis, etc.). Cela passe par le fait de cultiver une culture de partage libre et des moments de qualité (repas, discussion dans un parc, randonnées, soirée jeux, …), et parfois des moments plus intentionnels pour partager (entretiens individuels planifiés, petits groupes de redevabilité avec un responsable, …)
Un petit mot pour les parents : À l’adolescence, les relations évoluent, mais les jeunes ont toujours besoin de soutien et de connexion avec leurs parents. Restons disponibles tout en leur laissant de l’espace pour explorer leur propre relation avec Dieu, et encourageons-les à connecter avec d’autres adultes chrétiens matures et authentiques, et donnons-leur des opportunités d’expérimenter la foi d’une manière personnelle (camps, festivals).
Guillaume El Guedj